Affichage des articles dont le libellé est Poésie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Poésie. Afficher tous les articles

vendredi 23 octobre 2015

Simone RATON

 
 
J'aime cette grande dame, qui, à 80 ans, exprime la vie au travers de ses mots, de ses vers. Au crépuscule de l'existence, la vie elle-même jaillit, emplie d'espoir et de souvenirs vifs, partagés dans l'instant dans un but d'éternité. La jeunesse des sentiments, la fraîcheur des ressentis, les mouvements du coeur ... tout nous parle de vie ... même quand elle aborde le grand départ. Et comme elle l'exprime si bien elle-même :
"La poésie est un art à part entière, comme la musique, la peinture, le théâtre, la chanson. Elle n'est pas plus "la petite soeur pauvre du théâtre", que ce livre qu'on lit tout seul, chez soi, dans l'ombre. Elle est PARTAGE. D'abord "orale", elle doit redevenir "orale", mais dite avec le travail que nécessite toute interprétation, et surtout "L'AMOUR DES MOTS", assemblés dans le seul désir de toucher le coeur des autres."
Elle dit encore cette merveilleuse phrase :
"Je m'exprime AU PRESENT ... puisqu'à 80 ans, je fais encore partie des "vivants.""
 



La mort

L’important n’est pas la mort.
L’important n’est que la vie
Vécue sans avoir trahi,
Vécue sans avoir menti,
Vécue sans avoir sali,
Même avec des mots gentils
La vie en ayant appris
Sa valeur, son juste prix.
La vie et son importance
Plus de mots, rien que des stances !
L’important n’est pas la mort.
C’est là que nous avons tort !
L’important c’est la valeur
Que l’on donne à chaque instant !
L’important c’est la couleur
En hiver ou au printemps
L’important c’est de se battre
Pour le respect de la vie
L’important c’est de combattre
Lorsque le chemin dévie !
L’important c’est de comprendre
Que nous pouvons tout oser.
L’important n’est que d’apprendre
A ne plus être abusée.
L’important c’est d’être heureux
Que l’on soit seule ou à deux
Sur la vague ou dans le creux
Nul visage n’est hideux
Si nous refusons le jeu
Subtil et combien affreux
Qui consiste à se moquer,
Qui consiste à critiquer,
Qui consiste à démolir,
Qui consiste à salir,
Ce que nous n’admettons pas,
D’autres critères, d’autres fois,
D’autres joutes, d’autres combats
Qui ne sont pas ce que l’on croit.
Nul ne détient la vérité
Mais pourquoi ne pas accepter
Des mœurs, des pensées différentes
L’important n’est que l’entente
L’écoute, plus qu’apparente,
L’important c’est la montagne
Avec ou bien sans compagne,
Difficile à escalader
Si l’on n’est parfois aidé
L’important n’est pas la mort.
L’important n’est que l’accord
L’harmonie en tous décors
La vie vécue intensément
En respectant chacun vraiment.


Simone Raton
Août 1978
 
  Mes humanités

Savoir faire ce qu'on aime.
Aller jusqu'au bout de soi.
Accepter ce que l'on sème.
-Aussi ce qu'on reçoit.-
Vouloir se réaliser,
Se défendre - pied à pied - ...
Parfois ridiculisé ! ...
Toujours prêt à pardonner.
Devoir être le vainqueur,
Mais vainqueur par "notre coeur".
La vie est une liqueur
A déguster sans rancoeur.
Aller jusqu'au bout des choses :
Les dire en vers ... ou en prose.
Que s'ouvrent les portes closes,
Et puis "dénicher la rose".
Défendre sa moindre idée,
Tout en sachant écouter.
Décider de décider,
- Mais en toute humilité - 
Refuser d'être un robot,
- Même un robot vraiment ... beau -
Ou un pion qu'on a poussé
Par hasard sur l'échiquier.
Vivre, vivre simplement.
- Ecouter encor le vent
- Etre la joie d'un enfant
- Ne pas devenir trop grand
- S'entourer de quelques fleurs
- Et conserver sa chaleur
Pour la redonner ailleurs
quand il est quelqu'un qui pleure.
- Et puis exister enfin.
- Construire aujourd'hui pour demain !
Savoir être l'entité,
Et "d'amour" être habité.
Voilà nos humanités.

Simone Raton, 16 Février 1974
 
 
 

Sophie BRUGEROLLES - Poésie et psychanalyse

 
 
INTRODUCTION
La psychanalyse aujourd'hui éclabousse le quotidien. Non seulement celui des Sciences humaines mais celui de tous les acteurs de la vie sociale, de la vie politique, de l'actualité. Rejointe par la vulgarisation de cette méthode d'investigation psychologique visant à élucider la signification inconsciente des conduites et dont le fondement se trouve dans la théorie de la vie psychique formulée par Freud, je suis là pour vous faire part du lien que j'ai établi entre Poésie et Psychanalyse. Je vous propose donc un travail atypique, une expérience personnelle et authentique, incarnée.
Par la Poésie, en effet, j'ai effectué, quant à moi, un travail des profondeurs qui ne s'est pas résumé à l'art de combiner les sonorités, les rythmes, les mots d'une langue pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions mais bien plutôt en l'Art de s'allonger, non seulement dans le sens de se coucher mais surtout dans celui de poursuivre un chemin hors de soi visant à croître tout simplement.
L'important, comme le disait le grand poète André du Bouchet est de s'ouvrir à un monde de feuilles battantes, où l'urgence est d'écrire, où le papier est foyer.. Ma poésie se veut aveu de lumière… sans rien omettre, ne pas tout dire cependant…Ma parole sera ouverte, offerte comme un fruit et ce don n'aura de sens que s'il est reçu…
En poésie comme en psychanalyse, le lire est avec soi, avec l'autre, l'audace du lecteur ou du psychanalyste étant de s'y risquer. En effet, comme de la plus grande hauteur, on y plonge avec l'auteur.
La démarche poétique me semble rejoindre la démarche psychanalytique. On y lit le combat des mots pour venir au monde, le coupant, la peur de celui qui crée. On se prend au mot, on subit sa morsure, le poème bouleverse. L'intonation des sentiments du patient est remplacée par un mot ou le silence entre les mots et au moment des pleurs, tous les mots sont de l'eau…
La poésie, comme la psychanalyse, c'est le réveil, l'évocation, l'association. C'est parler la presque impossibilité de dire. C'est se sentir tourné vers l'intérieur mais nourri de l'extérieur, en chemin toujours.
En poésie comme en psychanalyse, c'est dur d'être vivant

ÉCRIRE D'AIMER
Ne pas se contenter seulement de la lecture,
En venir soi-même, un jour, à l'écriture,
Accoucher enfin
De ces feuillets où ma faim
Est livrée en pâture.
De ratures en moutures,
Suivre sa pente, son talent, sa nature,
Oser, tenter ce luxe, partir… à l'aventure…
Accepter puisque je suis des mots,
De les parler,
Les mettre en ligne.
Écrire pour toi futur vecteur,
Pour toi belle inconnue,
Pour l'aveu pur et nu
Pousser un cri, un droit d'auteur.
Pour toi, liseur d'essai,
Écrire, non par hasard,
Mais par nécessité,
Le choix du pire,
En toi m'inscrire quitte à souffrir.
Être le soi disant
Taquiner le soi distant,
"S'exister".
En soi souscrire quitte à sourire.
Écrire à ma souvenance
Mon unique romance.
De la grille du complexe
M'extraire,
De la gangue du socialement correct…
M'extirper !
Exploiter mon penchant de femme poétique,
Exercer mon droit de Femme politique,
Pour mon bien voter pour l'écrit,
Pour y prôner la paix.
Le choix de Sophie à tout prix.
Écrire pour rire à en pleurer,
Par mon désir.
Parce que tel est mon bon plaisir.
Écrire pour déduire,
Pour à vrai dire aussi séduire…
Écrire par jeu l'enjeu du Je sans se leurrer,
Écrire le trop, le peu, le manque.
Tout flammes,
Noircir des pages,
Blanchir son âme.
Brûler d'un feu léché
Sentant le renouveau,
S'immoler sous le flux
Des pensées innommables,
Replonger avec joie
Dans ses feuillets
Le soir
Toucher l'intime
Jusqu'à l'ultime.
Et au delà de toute pudeur
Épurer
Élaguer
Mettre à jour
La nuit.
Rêver d'écrire, être inspiré,
Se laisser aller.
Se délivrer de ses maux
Au bas mot bien salés.
Transpirer pour les transcrire
Sans pour autant mourir d'écrire.
Enjamber l'alphabet,
Le politiquement correct.
Choisir le poétiquement psychanalytique
Endosser le psychanalytiquement poétique..
Mourir à soi,
S'ouvrir et composer,
Écrire d'aimer,
Se coucher
Puis se signer
De tant avoir rimé
Jusqu'à mûrir d'écrire.

Charles BAUDELAIRE chanté


Charles BEAUDELAIRE
(1821 - 1867)

Les fleurs du mal
"Femmes damnées"
Interprété par Saez
 
 
 
 
Les fleurs du mal
"Les litanies de Satan"
Interprété par le groupe "Théatre des vampires"
Sur la sonate n°14 de L.Van Beethoven "Clair de lune"
 
 
 
Les fleurs du mal
"La muse malade"
Interprété par Michel Piccoli
sur "Solitude" de Nox Arcana
 
 
 
Les fleurs du mal
"Chant d'automne"
Interprété par Janico
Sur une musique de Samuel Barber (Adagio for strings)
 
 
 
Les fleurs du mal
"L'ennemi"
Interprété par Pierre Bohe
Sur une de ses musiques originales
 
 

Paul ELUARD

Paul Eluard
(1895 - 1952)
 
 
 
"Je t'aime"
Je t'aime pour toutes les femmes
Que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tout le temps 
Où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large
Et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond
Pour les premières fleurs
Pour les animaux purs
Que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes
Que je n'aime pas
Qui me reflète sinon toi-même
Je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien
Qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts
Que j'ai franchies
Sur de la paille
Je n'ai pas pu percer
Le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre
Mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t'aime pour ta sagesse
Qui n'est pas la mienne
Pour la santé je t'aime
Contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel
Que je ne détiens pas
Que tu crois être le doute
Et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil
Qui me monte à la tête
Quand je suis sur de moi
 
 
 
  "Liberté"
 
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.



"La courbe de tes yeux"
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
Un rond de danse et de douceur
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu
Feuilles de jour et mousse de rosée
Roseaux du vent, sourires parfumés
Ailes couvrant le monde de lumière
Bateaux chargés du ciel et de la mer
Chasseurs des bruits et sources des couleurs
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.
 
 

Paul VERLAINE chanté


Paul VERLAINE
(1844 - 1896)
 
"Il pleure dans mon coeur"
Interprété par Billie Cowie
 
 
 
"Mon rêve familier"
Interprété par Julos Beaucarne
 
 
 
"Chanson d'automne"
Interprété par Vincente Monera